Bertoua II : Les agents recenseurs affûtent leurs armes pour un double recensement inédit

Dans l’arrondissement de Bertoua II, l’heure est à la mobilisation et à la préparation. Depuis le 30 mars 2026, une cohorte d’agents recenseurs présélectionnés est en formation dans le cadre du 4ᵉ Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), couplé au Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (REGAE). Une opération d’envergure nationale, soutenue par les décrets N°2015/397 du 15 septembre 2015 et N°2015/292 du 29 juin 2015, qui marque un tournant dans la production des statistiques publiques au Cameroun.

Au cœur de cette initiative, Mme Mengue Me Laye Carine Fleur, contrôleur de zone à Bertoua II, supervise avec rigueur et engagement la formation de ces futurs acteurs de terrain. Interrogée sur les objectifs de cette session, elle explique : « Le but de cette formation est de doter les candidats agents recenseurs présélectionnés de la maîtrise de tout ce qui concerne l’aspect théorique et pratique du 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), ainsi que du Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (REGAE). »

Au-delà de cette vision globale, les apprenants sont outillés sur plusieurs aspects techniques essentiels. « Il s’agira pour eux de maîtriser les généralités sur ces collectes, de s’approprier les techniques de cartographie, de reconnaissance et de collecte de données. Ils doivent aussi être édifiés sur les comportements à adopter, notamment comment interviewer les chefs de ménage », précise-t-elle.

Prévue pour s’achever le 22 avril 2026, la formation s’inscrit dans un calendrier serré, en prélude au lancement imminent des opérations de terrain. « Selon la communication du Premier Ministre, le recensement devrait débuter le 23 ou 24 avril 2026. Cependant, nous attendons encore les instructions de la hiérarchie car la formation a commencé avec un peu de retard », confie le contrôleur.

À l’échelle nationale, ce sont au total 36 000 agents recenseurs qui ont été recrutés et formés pour être déployés sur l’ensemble du territoire camerounais. Un dispositif humain conséquent, destiné à garantir une couverture exhaustive et une collecte fiable des données, aussi bien démographiques qu’agropastorales.

À mi-parcours, l’optimisme est de mise. Mme Mengue se veut rassurante quant à la qualité de l’apprentissage : « Mon sentiment est bon. Je suis rassurée car j’ai dans mon équipe des personnes avec une grande capacité de rétention et un esprit analytique. Je suis confiante qu’ils seront compétents pour les opérations de collecte. Le retour est encourageant, même si ce n’est jamais à 100% au début. »

Toutefois, le processus n’est pas exempt de difficultés. L’un des principaux défis rencontrés reste la gestion des ressources humaines. « La principale difficulté a été de stabiliser les listes. Beaucoup de candidats retenus en ligne ne se sont pas présentés, ou sont partis après un ou deux jours. Il a fallu effectuer des remplacements rapidement », déplore-t-elle. À cela s’ajoutent des préoccupations exprimées par les agents eux-mêmes : « Ils se plaignent beaucoup de la lourdeur du dossier administratif demandé et de l’aspect financier qui ne suit pas toujours. »

Malgré ces obstacles, la dynamique reste positive. « Oui, le train est en marche et il a une très bonne allure », affirme avec assurance Mme Mengue.

L’une des grandes innovations de ce recensement réside dans l’introduction des outils numériques. Tablettes et smartphones seront désormais utilisés pour la collecte des données, une première dans l’histoire des recensements au Cameroun. « C’est l’innovation majeure de ce 4ème recensement. C’est un premier essai de recensement mutualisé : on combine le RGPH et le REGAE pour limiter les coûts en utilisant le même personnel et pour traiter l’information plus rapidement », souligne-t-elle.

Dans sa zone de contrôle située à Bertoua II, Mme Mengue encadre un effectif de 61 agents en formation, dont 42 seront retenus pour les opérations de terrain. Les autres constitueront une réserve stratégique en cas de besoin. Une organisation pensée pour garantir efficacité et continuité sur le terrain.

Du côté des apprenants, l’enthousiasme est palpable. ANOKALI LANGOLO Didier Boris, l’un des agents recenseurs en formation, se dit satisfait de l’encadrement reçu : « La formation est assez digeste et pratique », affirme-t-il, tout en se déclarant prêt à descendre sur le terrain.

À quelques jours du lancement officiel, Bertoua II s’inscrit ainsi dans une dynamique nationale visant à produire des données fiables et actualisées, indispensables à la planification du développement. Ce double recensement, à la croisée des enjeux démographiques et économiques, pourrait bien constituer un levier stratégique pour orienter les politiques publiques au Cameroun.

Aristide Bessengue

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