« Prenons l’exemple de ce grave incident de l’interruption du signal CRTV au palais de l’Unité le 15 avril 2026. Le public sait-il ce qui s’est passé ? Je crains que non et pourtant, que n’a-t-on lu, vu et entendu à ce sujet ? », le Directeur Général de la Crtv a profité de son discours du 1er Mai 2026 pour encourager ses équipes malgré les critiques, en donnant des éclairages sur les manquements observés lors de la retransmission de cette visite papale au Cameroun.
La rédaction vous propose un extrait de son discours prononcé devant les employés de la Crtv le 1er Mai 2026.
« (…) Ces derniers temps, vous avez été particulièrement sollicités depuis l’élection présidentielle jusqu’au récent voyage apostolique du Pape Père Léon XIV en passant par le CM14 de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Vous avez illustré, à ces occasions successives, avec éclat, ce que savent produire des équipes compétentes lorsqu’elles conjuguent discipline éditoriale, maîtrise technique et sens du collectif. Je voudrais ici vous en féliciter.
C’est grâce à vous que les Camerounais ont pu vivre tous ces évènements de portée transnationale. Le Voyage apostolique du Pape LEON XIV en particulier a permis de fixer le curseur de notre évolution. Jamais nous n’avions eu cette configuration auparavant : une couverture dense, exigeante, parfois sous tension, où il fallait, dans un temps contraint, porter simultanément plusieurs récits sur plus de quatre sites différents, capter l’essentiel sans en trahir la profondeur et tenir la mesure face à l’intensité de l’événement.
Les étincelles surviennent parfois lorsque la pression s’élève et quand l’histoire elle-même impose son propre rythme. Mais qu’on me comprenne bien : les étincelles ne sauraient jamais éclipser la lumière. Et cette lumière, la seule qui compte, est votre capacité collective à garder le cap et à répondre présents dans l’urgence comme dans le détail, à livrer l’essentiel avec rigueur et à honorer, jusqu’au bout chaque rendez-vous avec professionnalisme, sang-froid et dignité.
La critique est inévitable. Elle accompagne naturellement les grandes productions, surtout lorsqu’elles sont exposées au regard immédiat et parfois impitoyable de l’opinion. Elle peut être juste, lorsqu’elle éclaire nos choix et révèle nos marges de progression. Elle peut être infondée quand elle ignore les contraintes de terrain, la complexité des dispositifs et la réalité du direct. Mais, en toute circonstance, la critique ne doit être ni redoutée, ni rejetée. Elle doit être accueillie avec sérénité, examinée avec lucidité et surtout exploitée avec intelligence. Suivez toujours ce sage conseil de Jean Rostand que je site : « tenir compte des critiques même injustes, tenir tête aux critiques même justes »
Pour autant, comme vous, il me reste une question sans réponse : les médias nous aident-ils à éclairer les faits et à les comprendre ? Prenons l’exemple de ce grave incident de l’interruption du signal CRTV au palais de l’Unité le 15 avril 2026. Le public sait-il ce qui s’est passé ? Je crains que non et pourtant, que n’a-t-on lu, vu et entendu à ce sujet ? Là où on attendait les faits collectés, vérifiés, recoupés et contextualisés, nous n’avons eu que des opinions à charge et à décharge, tenues par des procureurs et des avocats de circonstance, qui s’affrontaient et se neutralisaient à l’envi, dans un emballement frénétique digne d’un prétoire aussi inédit que surréaliste. Acteur de premier plan sur le pont, pour ne pas dire sur le gril, je n’ai pas reçu un seul appel de journaliste me demandant ma version des faits dans le souci d’éclairer l’opinion publique. Résultat : deux longues semaines après ce bien malencontreux incident, la question demeure non élucidée pour les auditeurs téléspectateurs et internautes : au fond, de quoi s’est-il agit ce 15 avril 2026 ?
Mesdames et messieurs, cette tribune n’est pas le lieu de relancer une vaine polémique. Mais peut-être nous offre t’elle le prétexte pour poser la seule question qui vaille à l’occasion de la bien nommée Fête Internationale du Travail : les médias font-ils bien leur travail ? Car à bien y regarder, cette affaire du signal CRTV est d’une certaine manière emblématique de notre époque, l’esprit des temps nouveaux. Les spécialistes l’appellent l’ère de la post-vérité. Sous ce prisme, tout le monde parle de tout doctement, se prévaut de savoir tout sur tous les sujets, même les plus techniques, les plus pointus sans la moindre nuance, quitte à mettre les faits de côté.
Dans cet univers nouveau où la parole est libérée à outrance, mes chers amis, collègues en l’occurrence, nous ne devons pas nous taire. Que cela soit claire pour tous : le Service public dont la CRTV demeure, jusqu’à preuve du contraire, le présentoir de référence, doit faire barrage à cette dérive. C’est notre responsabilité ontologique ! Sinon, nos publics n’auraient plus ni repère, ni boussole et seraient livrés à la déferlante des réseaux sociaux. (…)
Extrait sélectionné par Marie N




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