Par Tristan NDONGO
Le Cameroun perd chaque année 22,5 millions de dollars, pas dans une crise financière spectaculaire, mais dans l’ombre. Dans les forêts de l’Est et de l’Adamaoua, où près de 200 sociétés minières, en majorité étrangères, extraient l’or sans titre, sans trace, sans redevance. Une économie souterraine qui saigne le budget et ravage les sols, les cours d’eau, les forêts.
Face à cette hémorragie, Yaoundé a décidé de ne plus négocier avec la fraude. L’État a changé de posture : de régulateur passif à acteur offensif. La question n’est plus « faut-il agir ? » mais « qu’est-ce que ça donne ? ». Mesures prises, résultats obtenus. Bilan 2025.
LA STRATEGIE COUP DE POINT :
LA SUSPENSION D’EXTRACTION
La suspension temporaire de l’extraction aurifère est apparue comme une mesure qui permet de voir clair. Le MINMIDT a ordonné l’arrêt net, puis envoyé ses équipes sur le terrain. Descentes, démantèlements d’installations non conformes. Le message est brut : sans papier, pas d’or.
LE ROLE DE LA JUSTICE
Plus d’une centaine de sociétés sont poursuivies. Matériel saisi, broyeurs détruits, chantiers fermés. Le droit devient dissuasion.
A REPRISE DE L’ISNTITUTIONNEL
L’État confie la main à SONAMINES. Mission : tracer l’or du puits jusqu’à l’export et récupérer les redevances. Le Cameroun veut passer de propriétaire du sous-sol à gestionnaire de la chaîne de valeur
LA DIPLOMATIE ECONOMIQUE
Partenariats renforcés, notamment avec la Chine, premier acteur étranger du secteur. L’objectif : contrôler les investisseurs, pas les subir.
DES AVANCÉES OUI, MAIS LA GUERRE CONTINUE
Sur le terrain, les opérations clandestines ont été stoppées. Le démantèlement fonctionne à court terme. C’est un résultat concret.
Au plan financier, SONAMINES affiche un bénéfice net de 724,7 millions FCFA en 2025. Symbole fort : la formalisation commence à rapporter. L’État reprend la main, gramme par gramme.
Mais la fraude résiste. L’écart reste abyssal entre l’or produit sur les sites et l’or déclaré à l’export. Les 22,5 millions $ de manque à gagner courent toujours. Et la gouvernance plombe les efforts : corruption, réseaux mafieux, classement du pays toujours dans le rouge. Démanteler un site, c’est facile. Empêcher son retour, c’est une autre guerre.
Aussi, le gouvernement a musclé son arsenal. Les résultats prouvent qu’un État déterminé peut reprendre du terrain. Mais la bataille est structurelle. Tant que l’or camerounais s’évaporera entre la mine et la douane, il financera l’ombre plutôt que l’école, l’hôpital, la route. Durcir le ton était nécessaire. Maintenant, il faut durcir les systèmes.




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